Le Mariage de Figaro

The Marriage of Figaro - Il Matrimonio di Figaro - 費加洛婚禮

My work:

Academic work

  1. Montoneri, Bernard, Tan, Hsiao-yuan, "Traduction chinoise et commentaire du Mariage de Figaro", Providence University, research grant, 95-11100-C04 (2006-2007).

  2. Montoneri, Bernard, Tan, Hsiao-yuan, "Présentation d’un projet de traduction et de commentaire du Mariage de Figaro en chinois", Taipei, Tamkang University, French Department, Colloque : la traduction et le sens du mo(n)de, June  18, 2006.

  3. Montoneri: "From French Literature to French Music", Providence University, English Festival, May 12, 2005 1-3 p.m., T.242

  4. Montoneri, Bernard, "La révolte des femmes dans la Colonie de Marivaux", Providence Journal of Humanities, No. 18, July 2003, pages 87-106.

  5. Montoneri, Bernard, “Le mariage de Figaro: un texte fondamental dans l’histoire du féminisme ?”, Journal of Humanities, Vol.16, Providence University, pages 99-115, June 2002.

Teaching

Power Point file

  1. From French Literature to French Music

 

 

On me dit que, pendant ma retraite économique, il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend même à celle de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits, ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement sous l'inspection de deux ou trois Censeurs. (Figaro, La Folle journée ou le Mariage de Figaro, Beaumarchais)

Beaumarchais

Beaumarchais a grandi dans une famille heureuse et très féminisée : il était le seul garçon parmi cinq filles. En 1759, il donne des leçons de harpes à Mesdames, les filles de Louis XV: Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise. Elles deviennent très vite ses amies et protectrices. Ses femmes et ses maîtresses ont elles aussi largement contribué à son avancement. En 1756, Beaumarchais s’installe avec Madeleine-Catherine Aubertin, veuve Franquet, chez sa belle-famille à Paris. En 1757, il se fait appeler Caron de Beaumarchais, du nom d’une terre que sa femme vient d’hériter. Sa femme meurt la même année et en 1768, il épouse Geneviève-Madeleine Wattebled. Celle-ci meurt deux ans plus tard en 1770. On pourrait penser que Beaumarchais ressemble à Barbe Bleue, mais non, l’espérance de vie n’était pas bien élevée au 18e siècle. Ne pouvant se passer des femmes, il vit depuis 1774 avec Marie-Thérèse de Willermaulaz qu’il épousera en 1786. En fait, Beaumarchais ressemble peut-être bien plus à Chérubin qu’à Figaro. Il a de nombreuses maîtresses ; Amélie Houret étant l’une de plus célèbres. Beaumarchais avait rencontré Amélie en 1787. Lorsqu’il fut emprisonné en août 1792, sa maîtresse, devenue comtesse de la Marinaie, le fait libérer. Il échappe ainsi aux massacres de septembre 1792. En 1794, Beaumarchais est inscrit sur la liste des émigrés. Il doit partir en exil. Sa femme Marie-Thérèse, sa fille Eugénie et sa soeur Julie sont emprisonnées. Elles sont heureusement libérées, mais la loi sur les émigrés oblige Marie-Thérèse à divorcer. Cependant, celle-ci lutte pendant deux ans pour que Beaumarchais soit rayé de la liste des émigrés. Il rentre enfin à Paris en 1796 et un an plus tard, ils obtiennent l’autorisation de se remarier.

La trilogie

Le Mariage de Figaro (1784) est une comédie comme le Barbier de Séville (1773) et un drame, comme la Mère coupable (1792). Ces trois pièces décrivent les trois âges de la vie en relatant l’histoire de la famille Almaviva. Almaviva est un grand aristocrate espagnol. Il est à la fois grand corregidor d’Andalousie (mot espagnol qui signifie correcteur; titre que porte le premier magistrat), comte et bientôt ambassadeur à Londres. Almaviva (mot espagnol qui signifie “âme vive”) est un homme riche et puissant, parfois brutal et souvent autoritaire. Dans le Barbier de Séville, la première partie de cette trilogie, le vieux tuteur Bartholo souhaite épouser sa pupille Rosine. Mais Rosine aime le Comte Almaviva. Avec la complicité du barbier Figaro, Rosine épousera finalement le comte. Dans la deuxième partie, Figaro est devenu le valet du comte et s’apprête à épouser la belle Suzanne. C’est alors que le comte, loin d’être reconnaissant envers Figaro, se met en tête de faire des avances à Suzanne. Celle-ci, avec l’aide de la comtesse Rosine, joue un tour au comte qui reconnaît son erreur. Le mariage aura bien lieu. Dans la Mère Coupable (1792), la comtesse aura un enfant de Chérubin (Léon). Le comte aussi aura un enfant naturel (Florestine). Dans cette troisième partie, la comtesse est une femme coupable et repentie. Figaro, quant à lui, a 50 ans et s’est assagi. Avec Suzanne, il tente d’aider les époux et leurs enfants illégitimes. Notons que les deux premières pièces se déroulent en Espagne (à Séville, en Andalousie pour le Barbier de Séville et près de Séville pour Le Mariage de Figaro) pour cause de censure. Beaumarchais a dû faire de nombreuses concessions avant que ses pièces ne soient finalement autorisées. Par contre, la troisième partie ayant été écrite durant la Révolution, plus rien n’empêchait Beaumarchais de situer l’action en France. la Mère Coupable se déroule donc à Paris en 1790. Précisons enfin que des trois pièces, c’est Le Mariage de Figaro qui a le plus provoqué l’ire des censeurs et qui paradoxalement a connu le plus grand succès.

L’acharnement contre Figaro

L’acharnement contre Mariage de Figaro est l'une des dernières grandes affaires de censure sous l'Ancien Régime. La pièce de Beaumarchais représente clairement un danger pour l’aristocratie et le royaume. Contrairement à La Colonie de Marivaux qui ne bouleverse pas l’ordre établi, la comédie de Beaumarchais se termine par la victoire des serviteurs et des femmes sur la noblesse. La version que l’on peut lire aujourd’hui est pourtant bien moins “révolutionnaire” que l’originale écrite par l’auteur. En effet, la pièce était au départ bien plus virulente et fut censurée de nombreuses fois. La plus célèbre preuve de censure est simplement le fait que la pièce se passe en Espagne et non plus en France, comme initialement prévu. Beaumarchais termine la rédaction du Mariage de Figaro en 1778, mais va devoir le remanier pendant des années pour échapper à la censure. En 1781, Beaumarchais présente la pièce à la Comédie-Française. Elle est accepté par les acteurs, mais doit encore passer la censure. Tout semble se dérouler pour le mieux et un premier censeur l'accepte. Malheureusement, Louis XVI est alerté ; il demande à entendre la comédie, et, choqué, la fait interdire. Un second censeur confirme l'interdiction. Louis XVI, d’après Mme Campan dans La Cour de Marie-Antoinette, aurait dit après avoir vu le Mariage de Figaro en 1781 : “Au monologue de Figaro, dans lequel il attaque diverses parties de l’administration…le Roi se leva avec vivacité et dit : C’est détestable, cela ne sera jamais joué; il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fut pas une inconséquence dangereuse. Cet homme déjoue tout ce qu’il faut respecter dans un gouvernement… - On ne la jouera donc point ? dit la reine. – Non, certainement, répondit Louis XVI, vous pouvez en être sûre.” (Kefallonitis Stavroula, Le Mariage de Figaro, Bréal, 1999, page 70) Coup du sort, c’est Beaumarchais qui sera chargé en août 1789 de surveiller la destruction de la fameuse prison! Quand on sut dans Paris que la pièce était interdite, le public se passionna aussitôt et voulut savoir pourquoi le roi l'avait interdite. Beaumarchais reçu nombre d’invitations pour faire la lecture de sa comédie dans les salons. Les lectures privées rendirent la pièce sympathique à une audience de plus en plus large ; Beaumarchais profita de cet élan de sympathie pour demander que la censure examinât de nouveau sa pièce. Mais elle demeura encore interdite.

Le censeur Suard était un de ceux qui s'étaient le plus violemment opposés à la représentation de Figaro. En fait, M. Suard servait de paravent au frère du roi, le comte de Provence. Les deux hommes étaient unis dans leur haine de Beaumarchais. Ils écrivirent, parfois anonymement, des articles venimeux contre la pièce, sans grand succès, puisqu’elle gagna la sympathie d’un public ravi de braver les interdits et curieux des raisons d’un tel acharnement. Beaumarchais commit cependant une erreur lorsqu’il écrivit une violente réplique à un article paru dans le Journal de Paris. Croyant l’article rédigé par M. Suard, il s’emporta, fatigué de ses attaques incessantes et injustifiées. En fait, l’article avait été écrit par le comte de Provence. Le comte alla se plaindre au roi ; il lui fit croire que Beaumarchais osait attaquer directement une altesse royale. De plus, dans cet article, Beaumarchais fait allusion aux “lions et aux tigres” qu’il a dû convaincre pour faire jouer le Mariage de Figaro. Le roi se sentit visé par l’allusion au lion (symbole de royauté). Louis XVI, blessé, ordonna que le bourgeois fût arrêté et conduit, non pas à la Bastille, trop noble pour lui, mais dans une maison de correction, à Saint-Lazare.

Le succès

Le succès du Mariage de Figaro peut s’expliquer bien sûr par la qualité de la pièce. Il s’explique aussi par l’habileté et l’acharnement de Beaumarchais à ce qu’elle ne soit pas enterrée par la censure. Tout d’abord, l’auteur a fait beaucoup de concessions et a remanier sa pièce pendant plusieurs années. Ensuite, il a sut attirer la curiosité et la sympathie du public. Enfin, il disposait d’appuis très hauts placés et profita de querelles entre les grands du royaume pour faire avancer ses intérêts. En 1782, par exemple, la Cour est divisée entre plusieurs factions : le comte d'Artois, futur Charles X (1824-1830), souhaite que le Mariage de Figaro soit joué pour bafouer l'autorité de son frère, Louis XVI. La pièce obtient l’autorisation d’être jouée sur la scène des Menus Plaisirs. Mais le roi intervient pour l’interdire. Il provoque la fronde d’une partie de la noblesse. Celle-ci va jusqu'à défier le roi et tente de faire jouer Figaro lors d’une fête organisée en l’honneur du comte d'Artois au domaine privé de Gennevilliers. Beaumarchais hésite et préfère que la comédie reçoive d’abord l’accord de la censure. Sage décision : Le Mariage de Figaro est alors représenté sans scandale et une partie des grands du royaume assiste aux représentations. Louis XVI est devenu célèbre pour son manque de caractère et ses hésitations. Doit-il définitivement interdire la comédie ou doit-il la laisser jouer librement ? En 1783, il hésite à autoriser la pièce qui devra repasser devant trois nouveaux censeurs. En 1784, le censeur, Breteuil, accompagné d'académiciens, de courtisans et de dames de la Cour autorisent la représentation de la comédie. La première a lieu le 27 avril au nouveau théâtre de la Montagne Sainte-Geneviève, avec la troupe de la Comédie-Française. C’est un succès sans précédant. La foule assiège le théâtre ; Beaumarchais assiste à la représentation, caché dans une loge grillagée. C’est en 1785 que Beaumarchais commet une erreur comme nous l’avons vu précédemment. Il est emprisonné le 8 mars par le roi pour son insolence et à la suite d’un complot du comte de Provence. Le roi, toujours aussi versatile, change d’avis au bout de cinq jours et fait libérer Beaumarchais. L’édition du Mariage est autorisée au mois d’avril. Beaumarchais ne désarme pas et obtient l’autorisation de jouer la pièce le 18 août devant tous les ministres. La victoire de l’auteur est d’autant plus totale que le Barbier de Séville est repris le lendemain à la Cour avec le comte d'Artois dans celui de Figaro et la reine Marie-Antoinette dans le rôle de Rosine! Un camouflet de plus pour le pauvre Louis XVI, qui après tout, préfèrerait passer son temps à fabriquer et à réparer des serrures…

Notons que Le Mariage de Figaro est un véritable thermomètre de l’atmosphère démocratique d’un pays : la pièce a été de nouveau interdite sous l'Empire (1804-1814) et la Restauration (1814-1830), et même sous l'Occupation, entre 1940 et 1944. Visiblement, certains régimes se sentent menacés par une petite comédie frivole et insolente. S’exprimant à la suite de la sortie du Barbier de Séville, Beaumarchais, désabusé, résume en quelques mots tout ce qu’il a dû endurer pendant des années : “Les ouvrages de théâtre, Monsieur, sont comme les enfants des femmes. Conçus avec volupté, menés à terme avec fatigue, enfantés avec douleur et vivant rarement assez pour payer les parents de leurs soins, ils coûtent plus de chagrins qu'ils ne donnent de plaisirs.”(Beaumarchais, Lettre modérée sur la chute et la critique du Barbier de Séville, Paris, Presses-Pocket n° 6168, page 25).

Présentation de l’action dans Figaro

Figaro est une pièce en 5 actes. L’action se déroule en une “folle journée” au château du comte Almaviva. Figaro est sur le point d’épouser Suzanne, la camériste de la comtesse. Dans l’acte I, Figaro, qui est devenu le valet du comte, apprend de Suzanne qu’Almaviva veut exercer sur elle un droit de cuissage. Figaro doit dix mille francs à Marceline, femme de charge au château. Il a promis de l’épouser s’il ne peut lui rendre l’argent. Dans l’acte II, la comtesse, au courant du comportement de son mari, décide de réagir. Elle ira au rendez-vous à la place de Suzanne. Marceline réclame un procès et veut forcer Figaro à l’épouser. Le comte, en charge de la justice, accepte. Dans l’acte III, le procès se déroule dans la salle du trône. Almaviva comprend que Figaro est au courant de ses intentions envers Suzanne. Il veut forcer son valet à épouser Marceline, mais celle-ci réalise que Figaro est son fils. Le procès est annulé. Dans l’acte IV, la comtesse et Suzanne veulent jouer un tour au comte sans mettre Figaro dans la confidence. Le mariage est sur le point d’avoir lieu quand Figaro que Suzanne va se rendre au rendez-vous du comte. Il se met en colère et s’emporte. Dans l’acte V, Figaro veut démasquer le comte, mais ce sont la comtesse et Suzanne qui agissent avec l’aide de Marceline. Le comte fait la cour à la comtesse, car il la prend pour Suzanne. Il est ensuite démasqué. Confondu, il implore le pardon de sa femme et autorise le mariage de Figaro et de Suzanne.

Les personnages principaux

Les personnages principaux dans Le Mariage sont Figaro, le comte Almaviva, la comtesse Rosine, Suzanne et Cherubin. Les comparses sont Marceline, Bartholo, Bazile, Antonio, Fanchette, Brid’oison, Double-Main et Pédrille. Il y a aussi de nombreux figurants dont l’huissier et Gripe-Soleil. Cinq personnages sont présents dans la scène 16 de l’acte III : le comte, Brid’oison, Figaro, Bartholo et Marceline. Voyons le caractère des personnages principaux de la pièce :

l            Figaro : il est le personnage principal de la pièce (présent dans 49 scènes). Il est clairement intelligent et a le don de la répartie. Son insolence n’a d’équivalent que celle de Beaumarchais. On reconnaît nombre des défauts et des qualités de l’auteur dans le personnage de Figaro. Il est attiré par l’argent et, tout en critiquant la noblesse, aimerait bien faire partie de l’élite. A la fin de la pièce, quand tout entrera dans l’ordre, il oubliera vite ses revendications sociales et politiques. Jusqu’à l’acte IV, il se montre gai et ouvert, plein d’entrain et vif. Lorsqu’il pense que Suzanne l’a trompé, il devient sombre et en veut à la terre entière. Il est déçu et choqué, notamment envers le comte qu’il a tant aidé dans le Barbier de Séville (sans son intervention, le comte n’aurait sans doute pas épousé la comtesse). Il entre alors en rivalité avec le comte. Cette rivalité est sociale et amoureuse. Au travers du comte, libertin et ingrat, il en veut à toute la noblesse (acte V). Parmi ses qualités, il faut noter sa joie de vivre et ses impertinences qui le rendent sympathique. Le comique de la pièce repose en grande partie sur ses épaules. Cependant, son caractère le pousse à prendre des risques inconsidérés : il promet d’épouser Marceline s’il ne peut lui rembourser de l’argent prêté ; il envoie un billet au comte sans informer la comtesse...Il se met lui-même dans l’embarras et il a parfois du mal à s’en sortir. C’est pourquoi la comtesse décide de l’écarter de son plan. Elle va se venger du comte, mais n’en dit rien à Figaro qu’elle juge bien trop imprudent.

l            Le comte : il est présent dans 46 scènes. Il est un grand aristocrate espagnol. Il dispose de tous les pouvoirs féodaux, ce qui le rend souvent détestable et parfois ridicule. Il est à la fois grand corregidor d’Andalousie (grand juge), comte et bientôt ambassadeur à Londres. Il détient ainsi tous les pouvoirs. Mais Figaro lui reprochera de n’avoir aucun pouvoir sur lui-même et de ne pas savoir se contrôler. Almaviva (“âme vive”) est un homme riche et puissant, parfois brutal et souvent autoritaire. Il se montre ingrat envers Figaro qui l’a tant aidé. Il est un libertin avant tout. Son amour pour Rosine n’est visiblement pas assez fort et il ne peut s’empêcher de courir après toutes les femmes de son château, notamment Suzanne. Il tente d’utiliser sur elle un ancien droit féodal démodé: le droit de cuissage (droit que s'octroyaient arbitrairement certains seigneurs du Moyen Âge de passer la nuit de noces avec la mariée quand un de ses serfs se mariait). Il refuse aux femmes ce qu’il considère comme normal : les tromper. Il peut se montrer violent et impulsif, notamment envers Cherubin. Il va en effet menacer Cherubin de mort. Il était en fait bien plus charmant quand il avait besoin de l’aide de Figaro dans Le Barbier de Séville. Dans le Mariage de Figaro, il sera parfois perfide envers son serviteur.

l            La comtesse Rosine : elle est présente dans 38 scènes. La comtesse joue un rôle primordial dans l’acte II. Rosine est une femme vertueuse et aimante. Elle est une jeune et belle femme, imposante et fine. Elle a épousé son prince charmant, mais l’histoire ne se termine pas bien. Son mari est un libertin, une sorte de Don Juan du 18e siècle. Elle éprouve une pure attirance pour le jeune Chérubin (son filleul, un jeune page de 13 ans) qui rend le comte fou de jalousie. En fait, ce Chérubin est un Almaviva en herbe. Par conséquent, il est le rival direct du comte. La comtesse se montre au départ résignée et mélancolique. Par la suite, elle va décider de prendre son destin en main. C’est elle qui sort victorieuse de la pièce. Elle confond le comte à la fin de l’acte V, puis lui pardonne. Tout rentre dans l’ordre. La plupart du temps, elle fait preuve d’une sensibilité réprimée. Quand à ses colères, contrairement à celles du comte, elles sont très modérées.

l            Suzanne est présente dans 45 scènes. Son importance est primordiale. Comme l’indique le titre de la pièce, Figaro est sur le point de se marier. Il va épouser Suzanne, la jeune et jolie servante de la comtesse. Figaro a aidé le comte à gagner le coeur de la comtesse et maintenant il va épouser sa spirituelle et vive confidente. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’à ce que le comte décide de séduire Suzanne...Elle est la version féminine de Figaro, aussi insolente que lui et aussi piquante. Elle a cependant, comme Figaro, beaucoup de respect pour la comtesse. Elle lui est dévouée et va l’aider à démasquer le comte. La comtesse et Suzanne sont clairement les héroïnes de la pièce. Elles mettent au point un plan pour se venger du comte et mènent leur affaire sans le soutien des hommes. Les différentes facettes de la personnalité de Suzanne la rendent particulièrement attachante : tendre envers Cherubin, espiègle avec le comte, respectueuse envers la comtesse, rivale pour un temps de Marceline, amoureuse et parfois jalouse de Figaro. Dans le Barbier de Séville, la noblesse (le comte et Rosine, la future comtesse) est au centre de l’intrigue. Dans Figaro, ce sont les valets qui sont au centre de l’intrigue. Figaro et Suzanne sont les protagonistes de la pièce.

l            Marceline : elle est le personnage qui change le plus au cours de la pièce. Des le début, elle inspire l’antipathie. Dans l’acte I, Suzanne la traite de duègne (vieille femme revêche et moraliste). Au cours de l’acte III, Marceline tente par tous les moyens de briser les liens entre Figaro et Suzanne. Elle espère marier Figaro qui est très nettement plus jeune qu’elle. Les femmes étaient accusées d’être des créatures passionnelles, intrigantes, calculatrices, jalouses sans raison, frivoles et irresponsables. Marceline est sans aucun doute vive et passionnée. Elle s’emporte facilement. Le retournement se produit dans l’acte III, scène 16, lorsqu’elle apprend que Figaro est son fils. Elle n’est désormais plus l’ennemie de Suzanne. Elle ne cherche bien entendu plus à épouser Figaro. Elle devient sa mère et une précieuse alliée. On la découvre alors sous un jour nouveau, celui de mère aimante, attentionnée et protectrice. Elle se montre mesurée et calme. C’est elle qui freine la jalousie de Figaro dans l’acte V. Elle est non seulement la protectrice de son fils et de sa future belle-fille, mais aussi des femmes en général. Elle prend leur défense. Son nouveau statut de mère protectrice lui donne une certaine gravité. Son discours est solennel. L’audience, stupéfaite par ce retournement de situation et par les révélations extraordinaires de la scène 16, est à l’écoute. Marceline devient alors un personnage sympathique et plus riche. Elle semble éduquée. C’est une femme d’esprit qui a beaucoup souffert. Elle a de l’expérience et sera en faire profiter Figaro.

l            Bartholo : le vieux docteur était au centre de l’action dans Le Barbier de Séville. Il voulait épouser Rosine et échoua grâce aux efforts conjugués du comte et de Figaro. Dans Le Mariage, Bartholo est un vieil homme amer et revanchard. Il veut rendre à Figaro la monnaie de sa pièce. Notons qu’il ne s’attaque pas au comte…Il est également cynique et parjure. Il se range du côté de Marceline alors qu’il la déteste et la traite très mal. On apprend également qu’il a eu un enfant d’elle et qu’il n’a pas voulu le reconnaître. Il a ensuite force Marceline à abandonner l’enfant. Enfin, il a promis à Marceline de l’épouser si l’enfant était retrouvé. Dans la scène 16, il se moque de Marceline et refuse à nouveau de l’épouser même après la reconnaissance. Cependant, à la suite du dénouement de la scène 16, Bartholo commence à changer. Il se montre plus réceptif aux appels à l’aide de Marceline et de Suzanne. Il n’en veut plus à Figaro et se montre plus sage. A la fin de la pièce, il devient même sympathique et se range du côté de Figaro et devient le père de famille qu’il a refusé pendant si longtemps d’être.

Deux thèmes chers à Beaumarchais

Lorsque Beaumarchais écrit sa pièce, les conditions socio-économiques ont considérablement changé en France. Le pays est entré dans une période préindustrielle au cours de laquelle les métiers traditionnellement exécutés par les femmes des campagnes sont alors déplacés vers les villes et les manufactures. Cette révolution artisanale prive un grand nombre de femmes d’un emploi et donc de revenus. Elles s’appauvrissent considérablement et sont plus dépendantes des hommes que jamais. Il est donc difficile pour ces femmes d’être financièrement indépendantes. Il faudra attendre 1907 pour que les femmes mariées puissent disposer librement de leur salaire. Les femmes ne seront plus exclues des droits de succession en 1791. Les femmes célibataires ont besoin d’un emploi pour survivre, mais les hommes exercent certains métiers qui devraient être des débouchés naturels pour les femmes, comme la couture et l’habillement: “Elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes: on y laisse former mille ouvriers de l’autre sexe” (III, 16). La situation va considérablement empirer dans les années 1780 avec l’apparition des premières machines textiles. En 1788, l’inspecteur général du commerce annoncera 200 000 chômeurs. Le pays est au bord de la ruine, les faillites se multiplient et les prix flambent.

La scène 16 est une peinture de la terrible condition des femmes juste quelques années avant la Révolution. Les thèmes de la fille-mère et de l’enfant naturel sont chers à Beaumarchais. Fanchette (la fille d’Antonio, le jardinier du château, et la cousine de Suzanne) représente ce qu’avait pu être Marceline lorsqu’elle était jeune. Au travers de Fanchette et de Marceline, Beaumarchais met en garde toutes les jeunes filles, jeunes, jolies et surtout naïves contre les séducteurs. On se souvient du Petit chaperon rouge (Perrault ; 1697). Le phénomène n’est certes pas nouveau. Le petit Emmanuel a été abandonné par Marceline parce que Bartholo avait refusé de l’épouser. Figaro est donc un enfant abandonné. Il devient dans la scène 16 le représentant de tous les enfants naturels. On rit et on pleure en même temps : la scène des retrouvailles est digne d’un vaudeville. Pourtant, c’est ce retournement inattendu qui rend la scène plus sérieuse et même tragique. Beaumarchais veut convaincre son public. Ainsi, il le fait rire et réfléchir sans tomber dans le mélodrame. Les personnages masculins, tout en approuvant les paroles de Marceline, n’entrent pas dans la sentimentalité. Bartholo, le vieil homme qui voulait épouser la jeune et belle Rosine a échoué à cause de Figaro. Il le déteste. Marceline est le double féminin de Bartholo dans Le Mariage : elle est âgée et veut épouser le jeune Figaro. Tous les deux complotent contre lui. Ils sont ridicules et antipathiques. Et soudain, Bartholo et Marceline deviennent les parents de Figaro. L’attitude des trois personnages change du tout au tout : Marceline devient une mère aimante et protectrice, les deux hommes se réconcilient. C’est dans ces conditions que Marceline s’emporte et dénonce l’attitude des hommes. Pour elle, les hommes sont responsables. Le libertinage immoral de certains hommes est à l’origine du malheur des femmes: “Les séducteurs nous assiègent pendant que la misère nous poignarde.” Le nombre de femmes enceintes abandonnées est inquiétant au 18e siècle. Il est en constante progression. Une femme seule avec un enfant est condamnée comme immorale. Les enfants abandonnés n’ont aucuns droits. Pourtant, certains s’élèvent contre cette tragédie. Des financiers comme Beaujon et Necker fondent des hôpitaux de bienfaisance. Les ducs de Penthièvre et de Liancourt viennent en aide aux enfants trouvés : 32 200 enfants sont recueillis à Paris en 4 ans. Sur les 101 000 recueillis en 16 ans, 15 000 ont survécu (Cf. Méthivier-1989, p.12. En 1785, la population française était de 25 millions. On mourait beaucoup au XVIIIe siècle, surtout dans l’enfance.). L’intérêt qu’éprouve Beaumarchais vis-à-vis du problème des filles-mères et des enfants abandonnés n’est pas exceptionnel, mais il est sincère. Le 4 août 1784, il propose la création d’un institut de bienfaisance pour les mères nourrices. En fait, malgré la bonne volonté de certains penseurs et financiers, l’abandon d’enfants restera un phénomène important jusqu’au 20e siècle. De nos jours, la scène de reconnaissance peut sembler un peu démodée. Les enfants abandonnés ne sont plus traités de “bâtards” et les clichés les concernant ont disparu. L’aspect romanesque n’existe plus. La société a considérablement changé en France depuis la Révolution. Sous l’Ancien Régime, aucune loi ne protège les enfants. La première loi de protection de l’enfance fut rédigée le 27 juin 1793. La charité devient sous la Révolution laïque : les enfants abandonnés seront désormais appelés “orphelins” et seront protégés par l’Etat. Les femmes abandonnent leurs enfants pour deux raisons principales : certains tentent de cacher le fruit de leur pêcher, d’autres tentent de survivre. La misère les oblige à abandonner leur enfant. On pense bien sûr au Petit poucet (Perrault ; 1697) et surtout à Fantine et Cosette dans Les Misérables (Hugo ; 1862). La pression populaire est difficile à supporter. Les filles-mères qui enfantent en dehors des liens du mariage n’ont droit ni au respect ni au travail. Les moyens contraceptifs n’existent pas encore et l’avortement est interdit. Le 28 juin 1793, une femme qui abandonne son enfant est pour la première fois protégée de toutes poursuites. Son anonymat est garanti. Une femme comme Marceline, qui se retrouve avec un enfant non désiré et un amant qui refuse toute responsabilité, vit dans la misère et fait le triste choix d’abandonner son bébé (on note que Figaro ne lui en veut pas du tout ; il est juste déçu de ne pas venir d’une famille plus prestigieuse). Dans la scène 16, Beaumarchais mêle les problèmes économiques aux problèmes sociaux. Marceline est trop pauvre pour s’occuper d’un enfant et subit la pression de Bartholo qui ne veut pas de l’enfant. On note tout de même que les personnages s’en sortent plutôt bien. Bartholo, Marceline et Figaro vivent assez confortablement et se retrouvent enfin. Il s’agit bien d’une comédie. A l’époque, la plupart des enfants abandonnés mourraient. Le sort des femmes et des enfants au 19e siècle est encore pire. Pourtant, durant la Révolution, de nombreuses lois ont été votées. Le 27 novembre 1795, les enfants abandonnés sont gratuitement accueillis dans les hospices civils. En mai 1796, le fait de faire élever par des nourrices des petits orphelins est légalisé. Le 9 janvier 1811, les enfants privés de famille avant leurs 12 ans deviennent “pupilles de l’Etat”. Pourtant, malgré le vote de nombreuses lois sous la Révolution, l’enfance fut particulièrement maltraitée au 19e siècle. Le sort des enfants abandonnés ne s’est amélioré que dans la deuxième moitié du 20e siècle.

Le comique

L’un des moyens les fameux de faire rire le public et d’intensifier le suspens est d’inclure une scène de reconnaissance : la scène 16 de l’acte III instaure un atmosphère particulière qui rend le public plus attentif. Figaro est sur le point de connaître l’identité de ses parents. Ce dénouement est à la fois comique et dramatique. Sa mère n’est autre que Marceline, la femme qui veut le forcer à l’épouser. La plus célèbre des reconnaissances est tragique : il s’agit de celle d’Œdipe qui tue son père et épouse sa mère. Par la suite, les reconnaissances passent dans le registre de la comédie (comme dans Les Fourberies de Scapin par Molière). En fait, dans une pièce comique, les retrouvailles se produisent avant que le pire n’arrive. Marceline se rend compte à temps que Figaro est son fils et renonce bien sûr à l’épouser. Les querelles entre Figaro et Bartholo cessent avant que les deux hommes ne s’entretuent. Contrairement à d’autres pièces comme Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, dans laquelle certains des personnes et le public sont au courant, dans Figaro, personne ne connaît la véritable identité du héro. La reconnaissance provoque une surprise, un rebondissement et même un choc. Il s’agit également d’un soulagement et d’un heureux dénouement puisque l’un des obstacles majeurs au mariage de Figaro et de Suzanne est définitivement levé. Mieux : Marceline devient l’alliée de Figaro et non plus une rivale. Le soulagement tient aussi au fait que l’on a frôlé l’inceste. Notons que la relation entre la comtesse et Cherubin (son filleul) est elle aussi incestueuse. Par contre, dans La Mère Coupable, cette relation se concrétisera. Beaumarchais par son audace heurta certainement la morale bourgeoise. Les nobles libertins, quant à eux, ne furent pas autant affectés par ce type de comportement.

La justice

La justice est inégalitaire et injuste. Elle est l’œuvre des hommes pour les hommes. Elle est un instrument qui permet d’exploiter les faibles et notamment les femmes. Arthénice demande que les femmes aient accès à tous les emplois (“judicature”). Madame Sorbin précise et des exemples : “qu'au Palais à tenir l'audience, à être Présidente, Conseillère, Intendante, Capitaine ou Avocate”. Marceline, quant à elle, insiste plus sur le caractère inique de la justice (“traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes”) et sur le fait que les hommes exercent des métiers traditionnellement réservés aux femmes. Marceline ne demande pas explicitement que les femmes exercent tous les métiers. Elle concentre ses critiques contre les injustices économiques. Non seulement les femmes ne peuvent exercer les métiers monopolisés par les hommes, mais aussi ils les privent des métiers qu’elles ont le droit d’exercer (la couture par exemple). Dans La Colonie, selon Arthénice, les femmes ont le droit de participer à la vie publique, à la vie de la cité. Elles n’ont pas moins de courage que les hommes, mais elles ne bénéficient pas d’un apprentissage aux métiers de la guerre. Les femmes jouissent de toutes les aptitudes nécessaires pour confectionner les lois. Quant à la justice, elle se montre inégalitaire envers les femmes en favorisant les hommes. Pour Madame Sorbin, les femmes ont des capacités équivalentes, sinon supérieures à celles des hommes (par exemple dans le maniement de la parole) pour exercer les fonctions de la justice, notamment celle d’avocat. Les thèmes les plus importants sont donc ceux de l’inégalité des hommes et des femmes devant la justice et devant l’emploi. Les femmes sont aussi exclues de la politique.

On retrouve dans les deux scènes les mêmes arguments et la même analyse de l’asservissement des femmes. Elles sont soumises aux hommes dès leur naissance : elles restent légalement des mineures jusqu'à leur mort ; elles ont un accès très limité à la connaissance (de nombreux écrivains au 18e siècle défendent le droit des femmes à l’éducation) ; elles n’ont accès à aucun poste à responsabilité quelque soit leur rang et leur fortune (“dans les rangs même les plus élevés”). Comme nous l’avons déjà vu, Marivaux insiste plus sur le problème de l’éducation et Beaumarchais sur le thème de la dépendance et de la misère économique des femmes. Au fond, les deux auteurs considèrent que la justice est l’instrument de l’oppression des femmes. La justice est faite par les hommes et pour les hommes. Tant que les femmes n’auront pas accès aux professions du droit, elles ne seront pas libres. Mais tant qu’elles n’auront pas accès à l’éducation, elles ne pourront prétendre exercer les professions du droit.

Les institutions sont violemment critiquées dans les deux scènes. La justice est attaquée directement par Figaro: elle est "indulgente aux grands, dure aux petits" (III, 5). Elle est aussi caricaturée et ridiculisée tout au long de l'acte III en la personne de Brid'oison; c'est tout un symbole du fonctionnement de la justice sous l'Ancien Régime : chargé de "dire le droit",  il bégaye.  Les professionnels de la justice sont présentés par Beaumarchais comme des gens incompétents, ridicules et corrompus. Le nom complet du juge est Don Gusman Brid’oison. On pense bien sur au juge Goëzman qui avait condamné Beaumarchais dans l’affaire Paris-Duverney (1773). L’auteur utilise sa pièce pour régler ses comptes avec la justice. Brid’oison rappelle le juge Bridoye du Tiers Livre de Rabelais. Enfin, “oison” fait penser à “bête comme une oie”. Notons que dans la scène 16, Figaro traite le juge de “gros enflé de conseiller”. Le juge est également corrompu (allusion au pâté dans la scène 31 de l’acte I : “un pâ-âté ? Je sais ce que c’est”). Au 18e siècle, il est courant que les juges reçoivent des “épices”. Ces pots-de-vin permettait à un camp de gagner un procès en corrompant les officiers de justice afin qu’ils falsifient les documents. Dans la scène 15 de l’acte III, non seulement les officiers de justice sont corrompus et ridicules, mais aussi le comte qui s’improvise juge et Bartholo qui devient l’avocat de Marceline. Le comte joue au juge impartial et équitable alors qu’il veut forcer Figaro à épouser Marceline afin de faire échouer son mariage avec Suzanne. N’oublions pas qu’il est grand corregidor, c’est-à-dire qu’il concentre entre ses mains tous les pouvoirs : il est entre autres chef de la justice de la province. Il représente le pouvoir royal. La concentration des pouvoirs n’est pas un signe d’objectivité et d’impartialité. Montesquieu s’était prononcé pour la séparation des pouvoirs dans De l’esprit des lois (1748). Mais la justice demeurait entre les mains des grands seigneurs. Quant à Bartholo, le vieux médecin qui voulait épouser Rosine, il veut se venger de Figaro en lui retournant la monnaie de sa pièce. Quelle belle vengeance que de faire épouser à Figaro la vieille gouvernante de Rosine ! C’est à la fin de la scène 16 que Figaro (et Beaumarchais) triomphe. Lorsque l’on apprend que Marceline est la mère de Figaro, celui-ci s’exclame : “elle allait me faire faire une belle sottise, la justice !” En effet, la justice a failli forcer Figaro à épouser sa mère et à se venger contre son père (“d’assommer vingt fois Monsieur, qui se trouve aujourd’hui mon père !”). En fait, au lieu de dénouer des intrigues et de résoudre des conflits, la justice les provoque. Elle est présentée par l’auteur comme un obstacle à la progression de l’intrigue. Beaumarchais peut enfin savourer sa vengeance contre la justice et la censure.

“La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens, étant égaux à ces yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.” (Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen; 26 août 1789)

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Aria de Marceline (scene IV)

italiano

deutsch

MARCELLINA
Aria
Il capro e la capretta
Son sempre in amistà;
L'agnello all'agnelletta
La guerra mai non fa;
Le più feroci belve
Per selve e per campagne
Lascian le lor compagne
In pace e libertà.
Sol noi, povere femmine,
Che tanto amiam questi uomini,
Trattate siam dai perfidy
Ognor con crudeltà.

Arie
MARCELLINA
Der Ziegenbock und die Ziege
leben immer in Freundschaft;
Das Schaf bekämpft
niemals das Lamm;
Die wildesten Tiere
Des Waldes und des Feldes
Lassen ihre Gefährten
In Frieden und Freiheit.
Allein wir, die armen Frauen,
Die wir diese Männer so lieben,
Werden von diesen Untreuen
Immer grausam behandelt.

english

français

MARCELLINA
Aria
The billy-goat and she-goat
Always live on friendly terms;
The sheep never wages war
On the ewe;
The fiercest beasts
Of the forest and the field
Leave their mates
In peace and freedom.
But we, poor women,
Who so love these men,
Are treated by the traitors
With constant perfidy.

MARCELINE
Aria
Le chevreau et la chevrette
Vivent toujours en amitié.
L'agneau et l'agnelette
Ne se font jamais la guerre.
Les animaux les plus féroces
Des bois et des campagnes
Laissent leurs compagnes
En paix et en liberté.
Mais nous pauvres femmes,
Qui aimons tant ces hommes,
Sommes traitées par les perfides
Avec une cruauté constante.

 

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